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50. LA PLAINE DES LUEURS MORTES
Santieb ne parvint pas à trouver le sommeil de toute la nuit. Trop de questions emplissaient ses pensées et, aucune réponse ne lui apporta le moindre apaisement. Il se promena des heures durant dans la cité de la Forêt de la Lune. Beaucoup d'Elfes ne dormaient pas plus que lui et chantaient de leurs voix douces, des mélodies aériennes. Les écouter ne lui apporta aucun réconfort, il se sentait de plus en plus perdu et, ses idées ne s'en retrouvaient que plus confuses. Il en vint à regretter d'avoir survécu au grand désastre ayant frappé la race humaine.
-A quoi cela a-t-il servi? se demandait-il. J'ai essayé de me comporter du mieux que je le pouvais mais, maintenant, je ne sais plus ce que je suis. Thyvielle m'aime-t-elle vraiment ou ne poursuit-t-elle que l'image de quelqu'un que je ne suis plus? Et moi, ne devrais-je pas repartir sur des chemins inexplorés?
Et ses pensées se mélangèrent ainsi, encore et encore. Il voulait trouver, sinon des réponses, du moins quelques indices qui lui permettraient de se décider pour la suite de son existence. Le soleil se levait, et il ne savait toujours que faire avec certitude. Cependant, une attirance grandissante pour la terrible plaine, dont Styrgas et Arienor lui avaient parlé devenait le seul trajet qui semblait s'ouvrir devant lui. Mais, il ne voulait pas partir sans en informer Thyvielle. Il savait que cela ferait mal à la fille Elfe. D'un autre coté, si il ne tentait pas l'expérience, peut-être le regretteraient-ils tous les deux le reste de leur vie. Au repas pris en sa compagnie, il ne mangea rien, ne dit plus un mot après l'avoir saluée et il arbora une mine renfrognée. Thyvielle essaya bien de le sortir de ses idées sombres, mais Santieb semblait déjà être parti vers une contrée où elle ne pouvait le suivre. Elle ne lui fit aucune remarque et, une fois son repas terminé, cela ne prit que peu de temps, car, elle non plus n'avait aucun appétit, elle l'emmena avec elle vers l'endroit aménagé en écurie, afin de toiletter Destinée. Là, Santieb s'assit sur un petit tabouret et laissa Thyvielle s'occuper de sa jument sans plus se préoccuper d'elles. Pour l'Humain, tout se passait en silence car, si Destinée et Thyvielle communiquaient l'une avec l'autre, lui, ne pouvait recevoir aucune de leur pensée. Ce ne fut qu'au moment où ils sortirent de la pièce que Santieb, voyant les yeux rougis de son amie, lui prit la main et lui parla.
-Je dois y aller, lui dit-il. Je sais que c'est peut-être une folie et que je risque de ne pas en revenir. Mais, continua-t-il en intimant à Thyvielle l'ordre de le laisser poursuivre, si je ne le fais pas je ne serais jamais tout à fait moi. Et, des doutes viendront s'immiscer dans la moindre de mes pensées. Je t'aime, Thyvielle et je dois me rendre là-bas... pour nous deux. -Alors, dit-elle. Je viendrai avec toi et nous périrons ensemble. Je ne veux pas te perdre. Je ne sais quelles idées te traversent l'esprit depuis hier mais, moi je t'aime tel que tu es. -Non, tu ne peux venir avec moi, dit-il. Je me dois de me trouver et je serais plus à l'aise si je te sais loin de tout danger. -Il a raison, dit Styrgas qui sortait d'un buisson bordant le sentier. C'est seul qu'il doit s'y rendre, tu ne lui serais d'aucune utilité. -On dirait que vous voulez vraiment le voir courir à sa perte, dit Thyvielle ne pouvant retenir ses sanglots. On voit bien que ce n'est pas vous qui le cherchez depuis si longtemps. -Je comprends ta douleur, douce Elfe, dit Styrgas. Mais il existe des choses qui t'échappent malgré tout le pouvoir dont tu es dépositaire. Cet être, n'est pas un Elfe, poursuivit-elle alors que Santieb continuait seul son chemin les laissant discourir. Son rythme de vie est différent du tien par bien des aspects. -Ne puis-je vraiment l'aider? hurla presque Thyvielle. N'y a-t-il rien que je puisse faire? -Je ne sais pas, dit Styrgas. Que te disent tes sentiments? -Mon coeur pleure, dit Thyvielle. Je ne veux le laisser aller ainsi sans aucune protection...les cristaux, pensa-t-elle. Ils pourraient dresser un rempart contre les forces noires qu'il ne manquera pas de rencontrer. Et si ils ne les arrêtent pas, au moins devraient-ils en réduire la puissance et lui permettre de peut-être de leur résister... -Je vois qu'une idée se fait jour dans ton esprit, dit Styrgas. Fais comme tu le sens.
Thyvielle courut rejoindre Santieb qui avait déjà pris une bonne avance sur elle. Styrgas de son coté était retournée vaquer à ses occupations.
-Santieb, Santieb, l'appela-t-elle. Je comprends tes raisons et si je n'y adhère pas, laisse-moi passer encore cette journée en ta compagnie. Tu n'es pas obligé de partir aujourd'hui. Fais-moi ce plaisir. -Je comptais partir sur le champ, afin que la tristesse ne nous recouvre pas tous les deux, dit Santieb. Mais, puisque tu le demandes, je resterais jusque demain. Je m'en irai dès la venue de l'aube. -Merci, dit-elle. Je t'accompagnerai jusqu'à la bordure de la Plaine des Lueurs Mortes et je t'y attendrai. Mais avant que tu y pénètres, je t'offrirais un présent, gage de mon amour. -Cela me ferait plaisir, dit Santieb. Mon coeur est déjà plus léger de te savoir accepter mon point de vue. Mais, quel sera ce présent? -Tu le découvriras demain, dit Thyvielle, il sera bien assez tôt. Durant la nuit, je devrais rester au-dehors afin de le parfaire. -Tu m'intrigues, dit Santieb dont le visage arborait maintenant un sourire, certes un peu pâle, mais, c'était le premier que Thyvielle lui voyait depuis la bataille. -Ts, ts, fit-elle. Essayant de lui parler avec légèreté. Tu ne sauras rien de plus. Un cadeau perd de son attrait lorsque l'on sait de quoi il s'agit. Ce ne sera pas grand'chose de toutes manières, mais, cela viendra de moi. -Alors, rien ne pourra me rendre plus heureux, je crois, dit Santieb dont le regard était un peu voilé par l'incertitude en toutes choses qui l'habitait.
Durant une bonne partie de la nuit, Thyvielle prononça des incantations, la main droite surplombant le cristal vert émeraude. Celui-ci n'était pas volumineux, un peu de la taille d'une noisette, elle le monta sur une chaîne d'argent le plus pur, qu'elle avait emportée avec elle en ne sachant, à l'époque, à ce qu'elle allait lui servir et qui maintenant, prenait naturellement sa place.
Le lendemain, tôt le matin, les deux amis se dirigèrent vers le sud dans le plus grand silence. Nul n'était besoin pour eux de parler, ils se contentaient de la présence de l'autre et de tout ce que cela leur apportait. Thyvielle avait prié Destinée de rester à la cité de la Lune et de l'y attendre. La jument n'aimait pas trop cette situation. Elle craignait que la fille Elfe ne suive son bien-aimé dans la plaine maudite et ne s'y perde. Thyvielle et Santieb étaient partis presque dès leur éveil. Ils avaient, bien sûr, salué Arienor et Styrgas, ainsi que les quelques Elfes qu'ils rencontrèrent mais, ils ne prirent pas le temps de se restaurer. Aussi, à leur arrivée à l'orée de la Forêt de la Lune, ils s'installèrent le plus confortablement possible et partagèrent leur dernier repas avant l'entrée de Santieb dans la Plaine des Lueurs Mortes. Après avoir rangé les ustensiles dans sa sacoche, Thyvielle offrit le cristal à l'Humain. Dès que Santieb le tint dans sa main, celui-ci brilla d'une lumière intense sans être aveuglante et qui lui réchauffa le coeur. Il prit Thyvielle dans ses bras et la serra fortement contre lui. Ils échangèrent des paroles de douceur puis, ils se rendirent, en se tenant la main, vers l'endroit de l'épreuve. Au moment où la brume apparut, les yeux de Thyvielle s'humidifièrent et, si Santieb sentit son désarroi, il n'en laissa rien paraître. Par contre, il n'aima pas ce que son regard et son ouie perçurent. Ces images fantomatiques dans ce brouillard à l'aspect malsain ne lui dirent rien qui vaille, et ces hululements, gémissements, il ne savait comment les nommer, le glacèrent jusqu'au os. Il lui fallut un moment avant de se reprendre et de pouvoir articuler quelques mots.
-Eh bien, m'y voici, dit-il. Ce brouillard me semble porteur de beaucoup d'hostilité, mais, je dois y entrer. Au revoir, Thyvielle, pense à moi, je vais avoir besoin de tout le soutien possible. -Je t'attendrai, parvint-elle à lui répondre. Fais vite, mon ami et serre bien le cristal dans ta main si tu sens le moindre danger s'approcher de toi. -Je n'y manquerais pas, dit-il avant de déposer un délicat baiser sur les lèvres tremblantes de la fille Elfe. Je ferais de mon mieux, ajouta-t-il avant d'avancer et de se faire happer par la couche, blanche et opaque.
Thyvielle le regarda partir puis, elle s'assit sur le sol, presque à la même place que lors de sa rencontre avec Achalyant. Une sourde tristesse lui enveloppait le coeur et l'empêchait de penser de façon cohérente. Elle faillit se précipiter à la suite de son ami avant de se reprendre tant bien que mal et d'accepter la situation telle qu'elle se présentait. Juste après avoir pénétré le rideau de brume, Santieb se retourna afin d'adresser un dernier au revoir à Thyvielle. Mais, il ne la voyait déjà plus. Il fit demi-tour, enfin le pensa-t-il, mais, au bout de vingt pas, il ne rencontrait toujours que du brouillard. Un peu effrayé tout de même, il haussa les épaules et repris sa progression dans la plaine.
-Bon, que suis-je censé accomplir maintenant? songea-t-il. Il ne s'agit pas d'une partie de chasse ou alors, je ne connais pas le gibier que je dois débusquer. Des voix murmurant des paroles incompréhensibles ne tardèrent pas à l'entourer, et, de pâles lueurs passèrent devant ses yeux. Il tenta de s'en saisir à plusieurs reprises mais, celles-ci ne semblaient avoir aucune consistance. Et lorsqu'il demanda ce que l'on attendait de lui, sa voix lui revint chargée d'un son qui le glaça et le fit frissonner. Un sentiment de solitude extrême s'empara de lui. Il savait/sentait qu'il n'était pas seul, mais aussi, que ce qui se trouvait en cet endroit n'était pas vraiment vivant, sans être mort pour autant. Et plus il avançait vers ce qu'il nommait encore le centre de la plaine, plus les lueurs se faisaient nombreuses et plus les voix devenaient agressives. Un désespoir sans nom semblait toutes les habiter et pourtant, il continua à se diriger vers la source de leur douleur. Il serrait le cristal dans sa main jusqu'à s'en meurtrir les phalanges, mais, il sentait son corps de moins en moins présent au fur et à mesure qu'il progressait. Parfois, il ne savait plus si il marchait ou si il se trouvait en vol. Tout devenait plus gris, son enveloppe charnelle, ses pensées ainsi que l'atmosphère. Il lui semblait, et cette impression s'avéra peu de temps après, que ses cinq sens perdaient de leur acuité. Le vide l'emplissait de toute sa vacuité, il n'était plus ni Bastien, ni Neitsab, ni Santieb. En fait, il devenait rien, la dernière image qu'il garda en mémoire avant que sa conscience ne s'effondre fut le visage de son aimée lui souriant juste avant leur premier baiser.
Thyvielle était restée longtemps sans boire ni manger avant qu'Arienor et Styrgas ne viennent aux nouvelles. Le Sage Elfe avait bien tenté d'envoyer quelques-uns des siens, mais, tous avait refusé de se rendre à cet endroit maudit et il dut user de beaucoup de persuasion pour que son peuple les laissât y aller. Destinée voulait les accompagner, mais, Arienor craignait trop ses sautes d'humeur pour l'y autoriser. Il n'avait pas envie de voir la jument se précipiter et tomber sous le pouvoir résidant dans la nappe brumeuse. Lorsque l'Elfe et la devineresse découvrirent Thyvielle, elle se trouvait toujours assise à la même place que lors de l'entrée de Santieb dans la Plaine des Lueurs Mortes. Elle semblait plongée dans une torpeur de laquelle aucun des deux ne fut en mesure de la sortir. Des cristaux l'encerclaient de toutes parts et elle récitait d'une voix fluette, des incantations qu'ils ne comprenaient pas tout en gardant les yeux fixés sur l'endroit où se trouvait la plaine. Les jours passèrent, et à toutes leurs visites, ils purent voir que la fille Elfe n'avait quasiment pas touché aux aliments qu'ils lui avaient apportés. Son état faisant si peine à voir qu'à plusieurs reprises, ils essayèrent de la ramener avec eux à la Cité de la Lune. Mais, tous leurs efforts furent vains, le rayonnement des cristaux ne permettait à quiconque de dépasser le cercle que leur position délimitait. Ils se sentaient impuissants à l'aider dans cette épreuve et ils se demandaient si ils avaient eu raison de conseiller l'Humain.
-Qu'allons-nous faire si Santieb ne reparaît pas? dit Styrgas. Cette plaine ne s'apparente tout de même pas à une promenade de santé. Quelle folie nous a poussés à l'y diriger? -Il devait en être ainsi, répondit Arienor. Mille fois nous en avons parlé et tu sais qu'il n'existe que ce moyen pour... -Oui, je sais, dit Styrgas. Mais, si le temps continue à s'écouler ainsi, Thyvielle pourrait bien y laisser la vie. Alors tout cela n'aura servi à rien. -Cela m'inquiète aussi, vieille amie. Mais, nous ne pouvons rien y faire. Le cercle de protection qu'elle a dressé autour d'elle est issu d'une magie dont je ne connais rien. Oriale était grande dans l'art des sorts, et si Thyvielle n'a pas eu le temps d'apprendre tout ce qu'elle savait, il n'en demeure pas moins que je ne connais personne qui soit capable de rompre un tel enchantement. -Mais, dit Styrgas. Il me semble qu'elle le nourrit avec sa vie même. Au bout d'un certain temps, elle n'aura plus la force de le maintenir, et alors, non seulement elle pourrait devenir une proie pour des animaux, mais, la flamme de son existence risquerait de s'éteindre. Ce n'est pas ce qu'elle mange qui va lui permettre de subsister. -Il nous faut espérer que tout va bien se passer, dit Arienor. Peut-être la situation aura-t-elle favorablement évolué lors de notre prochaine visite. -Et si l'un de nous deux restait ici? demanda Styrgas. Cela lui apporterait du soutien, son moral en serait peut-être transformé. -Je ne crois pas. Je pense qu'elle n'a même pas conscience de notre présence.
En disant cela, Arienor passa sa main devant les yeux de Thyvielle qui restèrent toujours fixés droit devant eux. La fille Elfe était dans un monde dont le chemin leur était inconnu, tout proche et en même temps si loin. Une autre fois, ils permirent à Destinée de les accompagner. Ils espéraient que la jument puisse passer la défense de cristal et ranimer l'esprit et le corps de leur amie, ou leur donne la possibilité de l'emmener avec eux. Mais, Destinée ne put rien pour elle non plus. Elle eut beau se lamenter, ruer, marteler à coups de sabots au risque de se blesser la protection, celle-ci ne céda pas, et Thyvielle, comme durant les autres visites ne fit pas mine de s'être aperçue de leur présence. Des commentaires fusèrent dans la Cité. Kerlich se vantait de l'avoir prévenue et qu'elle n'en avait fait qu'à sa tête, tout cela pour les beaux yeux d'un Humain avec lequel il ne valait même pas la peine d'entamer une conversation. D'autres la plaignaient et demandaient si ils pouvaient aider à quelqu'ouvrage qui saurait lui redonner le goût de la vie. Mais le sentiment qui prévalait était sans nul doute la tristesse de perdre une Elfe si belle dans des circonstances pareilles. Aucun cependant n'accepta jamais de se rendre à l'orée de la forêt. Trop de terreurs y étaient associées et cela depuis des temps immémoriaux pour que quiconque passe outre les mises en garde.
Achalyant, lui, venait tous les jours s'asseoir de longues minutes et parfois même des heures à coté de Thyvielle. Il la regardait et lui faisait la conversation. Conversation qui se résumait à un monologue, car, non plus qu'avec Styrgas ou Arienor, la fille Elfe ne sortait de son immobilité.Si elle avait pu comprendre ce que lui disait la créature, Thyvielle se serait peut-être extirpée de sa léthargie. Car, Achalyant parcourait souvent la Plaine des Lueurs Mortes afin de recueillir les corps abandonnés par leur esprit et gisant sur le sol. Il n'éprouvait aucune difficulté à s'y mouvoir et ses sens n'en étaient nullement affectés. Il aurait pu, si il l'avait voulu, prendre la main de Thyvielle, et l'emmener loin de cet endroit. Car, la magie Elfique semblait avoir moins de pouvoir sur lui que sur d'autres races. A plusieurs reprises, il avait, du bras traversé la bulle de protection et caressé les cheveux de la jeune Elfe, mais, durant quelques secondes seulement. Ce temps passé, il ressentait une vive douleur, si bien, qu'il ne le fit que rarement. Nul être ne sait combien de temps Santieb resta hors des éléments, mais, on apprit plus tard, par Achalyant, que son enveloppe humaine flotta longtemps à une cinquantaine de centimètres du sol. La première pensée qui le secoua fut une vision de tours d'acier, de verre et de béton. Toutes les choses lui apparaissant étaient nimbées d'un gris qui rendait les images floues. Une foule de gens -des Humains- marchait d'un pas rapide sur des trottoirs bordant une avenue de bitume, sur laquelle se suivaient, pare-choc contre pare-choc, des véhicules de métal répandant une odeur nauséabonde dans les airs. Des visages vaguement familiers s'offrirent ensuite à sa vue, arborant des expressions très diverses. Tout à coup, il eût l'impression que quelque chose essayait de l'arracher à son corps, il fut secoué de tremblements insupportables qui cessèrent immédiatement dès que sa main eût trouvé le cristal vert et l'eût serré. Il se vit s'éveiller, une fois comme Neitsab, une fois comme Bastien. Et, des sentiments totalement opposés entrèrent en collision en lui. Il se vit tuant et massacrant des animaux et les dévorant crus. Puis, l'instant suivant, il riait, fabriquant des bijoux en compagnie de Keheliinan. Adolescent, il tenait la main d'une fille à l'entrée d'un parc d'attraction et l'invectivait ensuite alors qu'elle se trouvait en compagnie d'un autre garçon. Il pleura lorsque sa mère mourut et renia le dieu qui la lui avait enlevée. Toutes sortes de visions de ses diverses quêtes se succédèrent. La recherche du Pouvoir depuis les Montagnes Noires, les Humains hermaphrodites, les K'ihirs, les loups ainsi que les gobelins et les corbeaux qui le reconnaissaient comme étant leur Maître. Tout cela se mélangea. Le tremblement reprit de plus belle. Le cristal l'aidait à le supporter, mais, il lui semblait que son pouvoir diminuait. Il ne savait plus qui le lui avait offert et ce que lui était/faisait en cet endroit. Sa prise se resserra et il se força à se souvenir. Une voix, enfin, il assimilait ce mode de communication à une voix, susurra dans sa tête:'' Laisse-toi aller, il est inutile de résister, tu seras bientôt en compagnie des autres. Une petite lueur flottante chantant dans le grand choeur. ''Au prix d'un effort considérable, il chassa ces paroles de sa tête et se concentra sur le cristal. Au bout d'un moment, il arriva à ne plus voir que le scintillement vert et il y fixa toute l'attention dont il était capable. Il ne se sentait plus seul, une force extérieure l'aidait dans sa recherche. L'image du visage de Thyvielle lui apparut, se dessinant lentement dans les méandres de son esprit. Ce ne fut qu'au moment où cette vision finit par acquérir sa pleine clarté, qu'il se souvint de son nom et de ce qu'elle représentait pour lui. Il se laissa envahir par tous les souvenirs s'y rattachant. Le tremblement cessa, il parvint à soulever ses paupières et à s'humecter les lèvres.
-Thyvielle, hurla-t-il longuement d'une voix qui fit vibrer le brouillard.
Son corps descendit lentement vers le sol de la plaine et la vision s'effaça. Le cristal brillait d'un éclat éblouissant et il referma le col de sa tunique pour ne pas en être aveuglé.
-Eh bien, voici une belle journée qui commence, dit-il en regardant ses mains. Je ne sais pas si l'épreuve est terminée, pensa-t-il. Mais, je ne tiens pas à m'attarder ici. Même si cela n'aura pas été si long, finalement. Ne sachant de quel coté se trouvait la Forêt de la Lune, Santieb marcha droit devant lui et déboucha rapidement à l'endroit où il pensait trouver Thyvielle.
-Je me suis peut-être trompé de coté, pensa-t-il. Avec toute cette brume, il est bien difficile de se repérer. Au moment où il allait faire demi-tour, son regard tomba sur le cercle de cristaux dans lequel se trouvait encore la sacoche les ayant transportés.
-Etrange, pensa-t-il en s'emparant du sac et en y rangeant les joyaux. Ce serait donc le bon coté, mais, je ne peux imaginer Thyvielle abandonnant ses cristaux, même pour un court instant. J'espère que rien de mal n'est arrivé. Thyvielle. Où es-tu? Je suis de retour, cria-t-il à plusieurs reprises dans toutes les directions. N'obtenant aucune réponse, il prit alors le chemin menant à la Cité.
_________________ La violence est le dernier refuge de l'incompétence.
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